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La Suisse malmenée

L’affaire Kadhafi donne une image déplorable de notre pays : un gouvernement pas préparé à faire face à un tel conflit, des institutions défaillantes, un Président de la Confédération s’excusant face à une dictature et une diplomatie sans relais incapable d’obtenir des appuis. Cependant, cette crise pourrait être salutaire si nous arrivions à en tirer des enseignements. Tentons ici d’en dégager les principaux.

En premier lieu, il faut reconnaître que nos institutions sont inadaptées lorsque le pays est soumis à des fortes pressions extérieures. Dans ces périodes, il faut réagir vite et avec clarté. Le Conseil fédéral, tel qu’il est actuellement organisé, ne permet pas une réaction efficace. Au-delà d’une plus vaste réorganisation du gouvernement qui fait actuellement l’objet d’un débat, nous pourrions imaginer qu’en cas de crise diplomatique importante, un Conseil fédéral restreint à trois membres, composé du Président, du Vice-président et du ministre des affaires étrangères, puisse se réunir dans l’urgence pour déterminer la réaction à adopter.

En outre, la crise libyenne révèle que la Suisse ne dispose pas d’une diplomatie suffisamment influente pour résoudre un tel litige. Manifestement, le Département des affaires étrangères et la Conseillère fédérale en charge n’ont pas su comprendre l’ampleur de l’affaire et trouver des appuis dans les pays de l’Union Européenne. La raison est très certainement à chercher dans le fait que la Suisse a toujours considéré qu’elle n’avait pas besoin d’une diplomatie forte et qu’il fallait se contenter de faire un peu d’humanitaire ou d’aider nos entreprises à exporter. Cela ne suffit pas. Il nous faut tisser des liens avec nos plus proches partenaires, mais également avec le monde arabe et les pays d’Asie. Cela est d’autant plus nécessaire que nous n’appartenons pas à l’UE.

Cela amène au troisième point. La Suisse ne peut faire l’économie d’un débat sur la question de son intégration dans l’UE. A ce titre, l’affaire Kadhafi est plein d’enseignements. Il y a eu quatre phases. La première lors de laquelle nous avons pu constater qu’aucun pays de l’UE n’a apparemment voulu aider notre pays. Le message était clair : pourquoi viendrions-nous en aide à un pays qui ne fait pas partie de notre famille politique alors que cela risque d’affecter nos relations avec le régime Kadhafi ? Le deuxième, où l’on a vu la Suisse bloquer la délivrance de visas aux dignitaires libyens par le biais de la Convention de Schengen, convention qui fait partie des traités de l’UE. Cette arme a fonctionné un certain temps. Il est amusant de remarquer que la seule réponse efficace que la Suisse a trouvée est européenne. Ensuite, dès lors que les mesures prises grâce à Schengen avaient des répercussions sur l’UE, cette dernière a dû organiser une médiation entre la Suisse et la Libye. Enfin, l’UE a fait pression sur la Suisse pour qu’elle arrête sa politique d’obstruction à la délivrance des visas, faisant ainsi clairement comprendre à notre pays que sa solidarité avec un pays non membre avait ses limites. Le constat est douloureux et amer : la Suisse est tellement isolée qu’elle n’obtient même pas l’appui de l’UE contre une dictature qui utilise la prise d’otages comme mode de négociation.

Cette crise nous oblige à entreprendre une introspection sur l’organisation de notre gouvernement, sur notre diplomatie et sur notre place au centre de l’UE. Il est temps d’en débattre et de faire des choix.

Article paru dans la Tribune de Genève du jeudi 15 avril 2010

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